Mes grands-parents paternels

Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens

Pour parler de ma famille, le plus simple est de partir de mes grands-parents paternels, aujourd'hui disparus, et plus particulièrement du grand-père qui m'a donné mon nom, Vincent AGIUS. Il est né en Tunisie en 1901 et était d'origine maltaise. A sa majorité, Malte étant un territoire anglais, il a eu à choisir entre la nationalité anglaise ou française. Ayant à l'époque opté pour la nationalité anglaise, il a demandé à être réintégré dans la nationalité française en 1953.

Mon grand-père possédait un garage de voitures à la Goulette et jusqu'en 1959, il y travaillait avec deux de ses fils, Félix et Joseph. Au moment de son départ de la Tunisie, il a du abandonner son garage, qui a très vite été réquisitionné par le gouvernement tunisien de l'époque. Aujourd'hui, le local existe toujours, mais ce n'est plus un garage.

Peu avant son arrivée définitive à Marseille, mon grand-père a eu la chance de trouver des locaux situés au bord du Vieux-Port, dans la rue Fort Notre-Dame, en face de l'embarcadère du Ferry-Boat (le fameux ferry "boite" immortalisé par les films de Pagnol). Il y a fondé en 1960 l'atelier Agius, spécialisé en mécanique bateau et dont les treuils étaient réputés chez tous les marins-pêcheurs de Marseille et de ses environs. Il y a travaillé jusqu'à ses derniers jours et ce sont mon père et mon oncle, aidés ensuite par mon cousin, qui ont pris sa relève et ont assuré le fonctionnement de cet atelier jusqu'au mois de mars 2007, après 47 années d'exploitation, de travail acharné, de sueur, de sacrifices, mais aussi de satisfaction du travail accompli.

De mon grand-père, je garde le souvenir d'un homme à l'écoute de ses petits-enfants et très affectueux avec eux. Sachant à peine lire et écrire car il avait du abandonner l'école très tôt pour travailler en commençant par vendre du lait de chèvre, il n'arrêtait pas de nous vanter les bienfaits des études, nous répétant sans cesse qu'il fallait être très sérieux à l'école et que cela conditionnerait nos vies. Même s'il n'avait pas usé longtemps les bancs de son école, mon grand-père maîtrisait malgré tout cinq langues et savait parler couramment le français, l'italien, le sicilien, le maltais et l'arabe.

Il est parti avant de savoir ce que ses petits-enfants allaient faire de leur vie mais je suis sûr qu'il serait très fier aujourd'hui de savoir ce que tous sont devenus. Tout comme je suis fier de son esprit d'initiative, de son courage et sa droiture infaillibles et de ce tout qu'il a réussi à accomplir dans sa vie pour lui et sa famille, malgré son manque d'instruction.

Mon grand-père a été marié pendant 51 ans avec ma grand-mère Philippine (née RINAUDO) et trois enfants sont nés de cette union : Joseph, Félix (mon père) et Alfred. De ma grand-mère, je garde l'image d'une femme plutôt effacée, douce et totalement dévouée à son mari, ses enfants et tous ses petits-enfants. Elle a passé la plus grande partie de sa vie à servir ceux qu'elle aimait, nous préparer des recettes délicieuses, à tricoter inlassablement, coudre ou racommoder nos habits avec sa machine à coudre Singer. Avant que la maladie d'Alzeihmer n'ait eu raison de sa lucidité et finisse par l'emporter, la fin de sa vie aura été cruellement marquée par l'abandon d'un de ses trois fils qui, sans raison apparente, n'a plus jamais voulu la voir durant les quinze dernières années de sa vie, elle qui avait tant chéris ses enfants et leur avait été totalement dévouée durant toute son existence.